Apocalypto - Partie 3
- L.
- 13 févr. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 août 2021
‘’Sorcière.
Sorcière, voilà le nom qu’ils lui ont donné. Elle n’était qu’une femme comme les autres rêvant d’une vie qui ne serait pas comme les autres. Elle avait un sourire si délicat et enjôleur, un regard plein de malice mais dans lequel brillait une intelligence hors du commun. Elle est de ces femmes que l’on ne peut impressionner facilement, ni même acheter. Elle était érudite. Elle tenait cela de son père, un médecin de grande renommée. Elle est la seule enfant, et sa mère n’ayant pas survécu à une épidémie de grippe l’année même de sa naissance, elle n’avait donc que son père.
Un jour son père tomba malade, de ces maladies dont on ne peut guérir. Elle resta à son chevet jusqu’au dernier moment. Lorsqu’il fut mort et enterré elle se retrouva seule. Savez-vous à quel point être une femme seule était mal vu à cette époque.
Elle avait refusé les demandes en mariage de tous les prétendants qu’elle avait pu avoir. Non pas qu’elle ne refusa par manque d’amour, mais bien au contraire parce qu’elle ne voulait ni d’un mariage de raison, ni d’un mariage d’un amour à sens unique. Cependant, elle ne put s’opposer au dictat patriarcal imposé par sa communauté et fut bientôt forcée de se marier. Elle n’acceptait pas cette situation, elle la refusait de tout son être. Malheureusement que pouvait-elle faire seule face à tous ces gens et leurs traditions rocambolesques et venues d’un autre temps…. L’homme qu’on lui présenta était de bonne famille, il semblait gentil. Elle accepta donc, afin de ne pas se faire répudier par sa communauté, un mariage de raison. Tout semblait s’arranger après le deuil qu’elle avait vécu. Le mariage fut célébré bruyamment dans le village et on fit bonne chair. Puis vint le moment où les jeunes mariés doivent s’éclipser afin de rejoindre le lit de noce.
Arrivée dans la chambre, le jeune femme était à la fois stressée et peu sûre d’elle. Elle était encore vierge, ayant vécu avec la connaissance et les livres comme seuls partenaires amoureux. Rien ne pouvait préparer une jeune fille à devenir femme. Elle refusa donc que son époux ne la toucha, prétextant des maux de tête. Ce dernier aviné, ne l’écouta pas. Il la désirait depuis plusieurs années et elle avait toujours refusé ses avances. Il ne l’écouta pas crier. Ne la sentit pas se débattre. Il tenta de la prendre de force, sur le sol froid et humide de leur maisonnée. Elle hurlait, pleurait, se débattait de toutes ses forces mais il était trop fort, trop lourd.
Elle refusa d’accepter son sort, saisit la première chose qui lui tomba sous la main et l’enfonça de toutes ses forces dans la bouche de l’homme. Il hurla, se tordit de douleur, convulsa et tomba mort. Lentement elle se relevait. Elle lui avait enfoncé une fiole de venin d’hyménoptères, qu’elle avait saisi dans sa trousse de soin laissée par terre. L’homme avait fait une allergie grave à ce venin qui pouvait servir pour soigner quelques maux très rares. Elle se releva et sortit en criant que son mari était mort.
Nul ne crut à son histoire. Ils la traitèrent de sorcière et érigèrent un bûcher avant même le procès. Dès que les flammes commencèrent à la brûler elle ne dit pas un seul mot. Elle entendit une voix dans sa tête. « Étends un doigt, tu seras libre. Étends une main, tous mourront. Ne crains pas les flammes.» Et elle ne craignit pas les flammes. Elle étendit un doigt et émergea du bûcher, presque nue, les vêtements brûlés. Elle étendit sa main et tous moururent de la peste en un instant.
Elle tomba à genoux, pleurant, implorant le ciel, fixant l’étoile du Nord. Les nuées s’entassèrent, jusqu’à ce que le ciel étoilé fasse place à l’Obscurité. La foudre tomba, une pluie noire se mit à marteler le sol. Elle était altérée. Une voix se mit à résonner. Une voix du fond des âges qui fit trembler le sol.
« A toi, Ô Médecin qui a cédé à la vengeance et aux afflictions, arpente désormais ce monde en tant que Cavalier de l’Ombre. »
Et ainsi fût fait. Je suis La Pestilence.’’

"Pestilence" Anthony DE PIETRO




Commentaires