One last ride
- L.
- 1 mars 2022
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 juil. 2023
"C'est flou. Tout autour de moi le paysage flou défile. La vitesse peut tuer. Mais elle peut vous rendre libre. Je ne me rappelle que vaguement. C'est comme un rêve enveloppé dans du coton. J'ai les oreilles qui bourdonnent avec le bruit rugissant du moteur. Les chiffres défilent. Je ne vis plus qu'à 250 mph."
Je me revois prendre les clefs. J'avais ce besoin impérieux de me sentir libre. Libre d'exister avant la Fin. Ma maison est en flammes. Tout une vie de souvenirs. Des centaines d'années et de vies. "Tout doit un jour mourir." Tu avais raison. Mais j'ai bien vécu. Ils m'ont retrouvés. Mais qu'importe. Je tourne le dos et je ne prends même pas le temps de fermer la porte. A quoi cela sert. Tout part en fumée. Je monte dans ce bijou de la mécanique. Je tourne la clef et mets le contact. Le moteur rugit comme à son habitude. Les milles chevaux ne demandent qu'à galoper sur le bitume. Je démarre pied au plancher. Les pneus brûlent le bitume et je suis parti dans un nuage de poussières. Je regarde dans le rétroviseur. Nous ne sommes que poussières dans le vent. Je trace la route.
Je finis par arriver dans une petite ville. Et je me gare devant une belle maison. Je ne coupe pas le contact je sais qu'ils m'attendent ici. Je vois leurs voitures noires. Le bruit du moteur la fait sortir. Je sais que c'est elle qui leur a dit comment faire. Mais pourrais je lui en vouloir d'avoir voulu protéger les siens. Jamais. Elle. Je la vois qui avance sur son perron, puis sur son allée. Son visage est baignée par la chaude et réconfortante lumière du soleil qui se couche. Elle ne peut pas être plus belle qu'en cet instant unique et parfait. Je croise ses yeux. Si beaux. Ils sont emplis de larmes et d'excuses. Je lui souris et lui fais non de la tête. Il n'y a rien à pardonner. Au moment où elle s'élance vers moi je démarre en trombe et je mets les voiles.
Les voitures démarrent derrière moi, mais que peuvent ces voitures contre mon Eleanor. Absolument rien. Alors je roule et je continue à rouler. Je passe la main sur mon flanc gauche. Poisseuse. Il ne me reste pas longtemps. Les chiffres montent sur le compteur puis redescendent aussi vite. Tourne à gauche. Puis à droite. Puis à droite et encore à gauche. La voiture répond à chacun de mes appels. Le monteur ronfle à chaque accélération. Je suis elle et elle est moi. Nous ne faisons qu'un. Enfin l'autoroute. Je prends tout droit direction le soleil qui se couche. Puis tout à coup je m'arrête. Derrière moi les voitures me rattrapent et s'arrêtent. Devant moi un immense pont et tout au bout je les vois en travers de la route. Je fais ronfler le moteur. Une dernière chevauchée sauvage.
J'enclenche la vitesse et la voiture se cabre. Pied à fond sur l'accélérateur. Et tout devient limpide. Je me revois petit, puis grandir. Traverser les siècles. La rencontrer. Je revois tout. Je continue à accélérer. Ne reste que son sourire. C'est flou. Tout autour de moi le paysage flou défile. La vitesse peut tuer. Mais elle peut vous rendre libre. Je ne me rappelle que vaguement. C'est comme un rêve enveloppé dans du coton. J'ai les oreilles qui bourdonnent avec le bruit rugissant du moteur. Les chiffres défilent. Devant moi le barrage se rapproche. Les hommes ont des armes. Mais qu'importe. J'accélère encore. Je ne vis plus qu'à 250 mph."
L.





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