Once upon a time...
- L.
- 12 déc. 2021
- 8 min de lecture
<<- Papa raconte-moi une histoire. Une belle histoire, avec une fin heureuse.
- Très bien. Fais-moi une place. Tu es prête ? C’est parti.
« Il était une fois, il y a bien longtemps, à des mondes d’ici, au temps des nuits sans fins et des jours redoutables, un paysan dans un monde en guerre. Le paysan était fort, malin comme un singe et rusé comme un renard. Personne ne savait d'où il venait, mais il avait été élevé par une famille qui l'avait abreuvé de son amour. Mais, malgré cela, le paysan était en colère de ne pas savoir d'où il était originaire. Un jour, il fut amené à se battre pour le royaume, embrigadé dans les armées du roi. Conscient qu’il devait faire sa part, le paysan fit de son mieux et brilla sur le champ de bataille en sauvant le commandant des armées. Celui-ci le pris sous son aile et lui appris l’art de la guerre. Le paysan était avide de connaissances et devint vite un élève studieux et un fin stratège. Il continua à se démarquer sur le champ de bataille et se fit respecter par les autres guerriers et bientôt commanda son propre bataillon. Ce bataillon fit tellement de ravages dans l’armée ennemie que celle-ci battit en retraite et ainsi l’homme passa du statut de paysan à celui de guerrier puis de commandant. Il avait la guerre dans le sang. Pour le remercier, le commandant en chef, son mentor, lui fit forger une épée avec le métal le plus précieux et le plus solide de tout l’univers. Le paysan avait sauvé son monde. Lorsqu’il rentra chez lui, il ne put retourner à sa vie d’avant, la guerre était entrée dans son sang et il ne vivait plus que pour la vivre.
Ainsi le paysan quitta sa ferme et son monde afin de trouver un autre monde à défendre ou à envahir, il devint donc un mercenaire. Pendant des décennies puis des siècles, le mercenaire traversa l’univers, gagnant en force, en stratégie, en puissance et en renommée. Il s’était battu sur tous les fronts, au sein de toutes les batailles, rien n’avait pu le mettre à terre. Sa réputation de général, de commandant et de guerrier impitoyable le précédait partout où il allait, et il était autant respecté, et craint, par les ennemis qu’il combattait que par les alliés qu’il épaulait. Cependant, le mercenaire savait qu’au fond quelque chose était différent. Il ne vieillissait pas. Et ne mourrait pas. Le temps continuait de défiler et lui ne le ressentait pas. Ses réflexes étaient toujours plus rapides, son expérience ne faisait que grandir, ses connaissances ne faisaient que s’approfondir. Il continua à vivre sa vie pleinement, voyageant à travers l’espace et à travers les siècles. Il participa à des milliers et des milliers de guerres, vaincus des milliers d’ennemis et en sauva autant. La légende du guerrier immortel traversait le temps.
Puis un jour, il arriva sur un monde en guerre. Une princesse orpheline était à la tête des armées de son monde et résistait avec force à l’envahisseur. Malheureusement pour elle, le mercenaire était dans l’armée de l’envahisseur et fit des ravages dans son camp. Un jour elle prit les armes avec les guerriers de son peuple et se dressa face au mercenaire. Lorsqu’il la vit, face à lui, son armure abimée par les batailles, la force dégagée par la princesse guerrière le submergea. Il éprouva un profond respect pour cette adversaire qui le défiait tout en connaissant sa réputation. Une humaine, une princesse, défiait le puissant et immortel mercenaire et se dressait comme dernier rempart face à la ruine de son royaume. Elle lui faisait face avec la rage guerrière, la volonté et la colère de celle qui veut vaincre son ennemi. Le mercenaire croisa le regard de la princesse et son cœur depuis longtemps muet, émit un battement. Un seul. Pour la première fois en trente siècles, le mercenaire redevint le paysan et baissa son épée. Pour la première fois en trente siècles il se détourna de son serment. Au moment où la princesse allait se faire terrasser dans le dos, il se précipita et tua le soldat. Pendant un instant, tout sembla comme ralentit alors qu’il tenait la princesse par la taille, et lorsqu’il la lâcha, il se détourna pour partir à l’assaut de l’envahisseur. Comme un seul corps, elle se jeta dans la mêlée derrière lui. Ils virevoltaient ensemble au milieu de l’armée ennemie dans un ballet mortel, glorieux, remplit de rage et de colère. La Guerre était en eux, ils Dansaient avec les Morts, ils étaient les Messagers de la Mort en personne. Le combat sembla durer une éternité, mais lorsque la Danse se termina il ne restait plus que quelques hommes debout dans l’armée ennemie. Ils se rendirent lorsqu’ils croisèrent les yeux dorés de la princesse et ceux argentés du paysan. Nuls mots ne furent échangés. Il n’y en avait pas besoin, une loyauté indéfectible s’était créée. Un lien. Unique. Indestructible.
Mais la princesse devait partir. Tous les deux savaient que personne n’accepterait un paysan en tant que roi. Les lois ne le permettaient pas. Elle était vouée à épouser un prince voisin pour consolider la force de son royaume affaiblit par des années de guerre. Ils passèrent la nuit ensemble avant qu’elle ne parte à jamais.
Ainsi le paysan vit la princesse partir au petit matin pour un destin qu’elle ne voulait plus.
Toux ceux qui entendirent cette histoire, pleurèrent la perte de l’Amour.
Le paysan décida d’abandonner les armes et de s’exiler sur une planète perdue de l’espace, inhabitée et à la faune hostile, où personne ne pourrait jamais le retrouver. En partant il planta son épée dans le rocher proche du lieu où il avait perdu son cœur à tout jamais. Il se recréa son propre univers et sa petite ferme sur une planète éloignée et continua à vivre sa vie brisée et éternelle. Quelques dizaines d’années plus tard, un moine atterrit par erreur sur sa planète et l’informa que le royaume de la princesse était tombé aux mains du prince qu’elle avait épousé et qu’elle était entrée en résistance contre lui. Il lui apprit également, que chaque année, la princesse venait en pèlerinage là où le paysan avait planté son épée et qu’elle y avait ajouté la sienne à côté en sa mémoire. Le paysan reprit son armure et repartit pour le royaume de la princesse.
Lorsqu’il arriva au rocher, la princesse était là, semblable à lui, n’ayant pas vieilli. Ensemble ils reprirent leurs épées du rocher et se retrouvèrent. Ensemble, ils repartirent à l’assaut du royaume, et promirent de ne plus jamais se quitter, que rien ni personne ne les séparerait jamais. Leurs cœurs battaient à l’unisson au fur et à mesure des raids, ils dansaient de nouveaux avec les morts. Puis vint la plus violente de toutes les batailles, les innombrables armées du prince félon contre la princesse, le paysan et quelques centaines d’hommes. Ils se jetèrent sans peur à l’assaut de l’ennemi, virevoltant, dansant, se battirent comme des lions et firent merveilles. De nombreux hommes moururent ce jour-là dans les rangs de la princesse, mais chacun mourut en héros pour la liberté et contre la tyrannie. Ils mourraient pour la Vie. Cependant ils se battaient à 1 contre 100 et chaque homme perdu était une tragédie. Au cœur de la bataille le paysan et la princesse déchainaient leur colère et s’épaulaient l’un l’autre. Puis tout à coup elle disparut, submergée par les ennemis, le paysan la pensa tombée au combat. Quelque chose se brisa en lui et la violence le submergea. Il chargea seul contre des centaines et des centaines d’hommes et sans pitié les tua un par un, immortel, imbattable, méthodique, Füer Grissa Ost Drauka, le véritable Messager de la Mort. Ils tombaient un à un sous son épée. Enfin, lorsque le dernier ennemi tomba, il se dirigea vers le prince félon qui tenait entre ses mains le foulard de sa princesse bien aimée. Le paysan comprit alors que sa princesse était morte aux mains du prince et le tua. Le cœur en morceaux, l’âme brisée, le paysan planta l’épée de sa Princesse là où elle était tombée et noua le foulard qu’elle portait autour de la garde de sa propre épée et partit.
Tous ceux qui entendirent l’histoire du paysan et de la princesse, pleurèrent la mort de l’Amour. »
- Papa ! Je t’avais demandé une histoire avec une fin heureuse… Pas une histoire à faire pleurer les petites filles.
- Écoute jusqu’au bout petit oiseau !
« Le paysan erra pendant des siècles sur sa planète, le cœur brisé par la perte de la seule femme qu’il avait jamais aimé, jusqu’au jour où lui apparut dans ses songes, son commandant en chef, depuis longtemps passé à trépas, qui lui appris que sa princesse n’était pas morte, qu’elle avait été enlevée et qu’elle l’attendait dans un cercueil de verre, endormie, derrière de hautes murailles dans un système lointain. Lorsqu’il entendit cela, le paysan prit la route, voyageant à travers les systèmes pendant près de 500 ans, à la recherche de son amour perdu. Jamais il n’a désespéré, jamais il n’a renoncé. Un jour il atterrit dans un système désolé et sur un promontoire, entourée par d’épais remparts et des murs d’épines se dressait un immense château. Quand il entra il trouva en son centre un immense cercueil de verre brisé et vide. Il n’était pas déçu, il savait qu’elle s’était échappée et que sa princesse était encore en vie. Aucune autre qu’elle ne pouvait avoir cette volonté, ni même avoir besoin de quelqu’un pour s’évader. Il partit à sa recherche et cette quête dura encore dix ans. Dix ans où il poursuivait un fantôme, des rumeurs, des « on dit », sur une princesse déchue qui cherchait par tous les moyens à retourner chez elle. Enfin, il retourna sur ce champ de bataille où elle avait disparu et debout, au milieu des vestiges de plus de sept siècles de ce lieu s’élevait une ville et là où se trouvait l’épée, était maintenant un immense parc. ‘’Le Parc de l’Amour’’. Une plaque commémorative racontait l’histoire d’une immense bataille où un roi avait perdu son amour, la reine, et avait chargé seul l’ennemi. Une fable, modifiée par le temps. Une légende qui avait traversé les siècles. En son centre une bâtisse haute, ancienne avec pour nom ‘’Maison de l’Épée de Vérité’’.
Lorsqu’il poussa la porte, il trouva en son centre l’épée de la princesse toujours plantée dans le sol, sur la lame on pouvait toujours lire malgré les siècles l’inscription ‘’Vincit Omnia Veritas’’. A côté de l’épée, une femme. Lorsqu’elle se retourna, son regard argent croisa un regard doré et le temps sembla se figer. Un battement. Elle se trouvait à ses côtés. Un battement. Elle était dans ses bras et l’étreignait de toutes ses forces. Un battement. Il l’étreignit avec la même force. Un battement. Ils avaient disparu.
A la place d’une épée, deux épées. Sur la première, blanche comme la lumière, on pouvait lire ‘’Vincit Omnia Veritas’’. Sur la seconde, noire comme les ténèbres, on pouvait lire ‘’Tempus Vincit Amor’’.
Tous ceux qui entendirent cette histoire, pleurèrent de joie l’Amour. »
- Est-ce qu’ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants pour toujours et à jamais ?
- Tu connais parfaitement la réponse à cette question petit oiseau. N’est ce pas comme ça que finissent toutes les histoires ? Puis je t’ai raconté cette histoire un bon millier de fois déjà.
- C’est vrai. Maman dit que tu as pris ton temps pour venir l’aider, tu as quand même mis 5 siècles et c’est beaucoup quand on dort. Tu chercherais encore maman s’il le faut ? et moi ?
- Ta maman est une chipie. Et oui ma chérie, je la chercherai pendant encore un millier de vies d’homme s’il le fallait. Et toi aussi.
- Promis ?
- Promis. Always and Forever. >>
L.





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