O' Death
- L.
- 28 janv. 2022
- 3 min de lecture
No wealth, no ruin, no silver no gold, nothing satisfies me but your soul… O, Death…
Place du Louvre. La nuit est plus noire que noire. Aucune âme n’est de sortie en cette froide nuit de l’hiver parisien. Le vent tourne et retourne sans aucun but, aucune direction. Les flocons tombent sporadiquement sur les pavés. Aucun son. Aucun bruit. Juste la lumière pâle des lampadaires éclairant faiblement les alentours. Un claquement sur le pavé. Puis un autre. Encore un autre. Des talons. Une gracieuse silhouette, emmitouflée dans un sublime manteau de fourrures, s’avance sous les lampadaires près de la pyramide. Ses talons résonnent dans cet immense silence. Soudain elle tourne la tête et s’arrête. Elle tend l’oreille tout en observant autour d’elle.
To draw up the flesh off of the frame, dirt and worm both have a claim… O, Death…
Un bruissement sur le sol. Elle essaie de déterminer d’où cela vient. Pourquoi ne prend-elle pas peur ? Pourquoi ne s’enfuit-elle pas ? Un lampadaire de l’autre côté de la route s’éteint. Puis un autre. Encore un. Et encore un. Et un autre encore. L’autre côté de la rue baigne dans le noir tandis qu’elle est immobile au milieu de la lumière. Le vent a cessé. Ne restent que ces flocons qui tombent sporadiquement autour d’elle. Un autre bruissement sur le sol, comme un pas ou un manteau qui glisse sur les pavés. Mais si léger, et si délicat qu’il ne semble pas humain. Un animal ? comment expliquer les lampadaires. Elle plisse les yeux et une ombre se dessine au milieu de cette noirceur. Elle est comme fascinée par ce spectacle. Si fascinée et si concentrée, qu’elle n’entend pas l’homme qui approche alors qu’il la suivait depuis un bon moment dans l’attente de commettre un méfait si horrible qu’il en sera damné pour l’éternité. Elle continue de plisser les yeux. Et lui continue d’avancer ne voyant que sa proie et ne sachant pas ce qu’elle voit. Le couteau dans la main il se dit que c’est facile. Elle est à portée de main.
After all you’ve done, you’re asking mercy for your soul… O, Death…
Le temps se ralentit, comme s’il était compressé dans une dimension annexe. Elle fixant toujours l’ombre. Mais l’ombre n’est plus une ombre. Les lampadaires se rallument très faiblement, juste assez pour qu’elle puisse voir. Un homme. Ni grand ni petit, un homme. Ni gros ni maigre, un homme. Il est habillé d’un costume délicat mais dont la couleur semble avoir pris de l’âge. Son visage n’est ni jeune, ni vieux. Il est sans âge pense-t-elle. Il est vêtu d’un long manteau au col remonté. Son visage est inexpressif. Il a la peau blafarde, les pommettes hautes, un nez aquilin, les cheveux noirs de jais. Ses lèvres sont rouges exsangues et tendent en un léger sourire. Ses yeux sont sans âge. Alors qu’elle plisse les siens pour mieux les voir elle a un mouvement de recul. Ils sont noirs, d’un noir absolu et profond. On y voit passer les galaxies et les temps immémoriaux auxquels cet être appartient. Dans sa main droite il tient une canne, non pas qu’il en ait un quelconque besoin, mais elle ajoute de l’élégance à cet être unique. Le pommeau de la canne est un crâne en argent massif, le reste est aussi sombre que son manteau. Un éclat attire son regard. A son doigt, une chevalière en argent avec une pierre blanche sur le dessus.
None can excel, I'll open the door to heaven or hell… O, Death…
Elle essaie de parler mais les mots restent bloqués au fond de sa gorge. Elle essaie de bouger mais ne peut plus. Elle est comme paralysée. L’être s’est alors mis à avancer d’une démarche tellement légère qu’il semblait glisser sur le sol. Il s’avance vers elle. Pourtant elle n’a pas peur. Elle ressent l’aura de pouvoir qui se dégage de cet être qui n’a rien d’humain. L’être s’arrête à sa hauteur, la regarde droit dans les yeux et lui murmure « Ce n’est pas encore ton jour ». Il continue son chemin comme si elle n’était rien, et le temps semble reprendre son cours derrière lui. Elle se retourne pour suivre l’être des yeux et enfin aperçoit l’homme qui était derrière elle couteau à la main. Encore une fois elle n’a pas peur. Elle se sent en sécurité. Protégée. L’être s’approche alors de l’homme et dit « Il est temps. Et tu sais parfaitement où tes actes te mèneront. » Le visage de l’homme se transforme en un masque de terreur. L’être tend la main pour lui toucher l’épaule. Et instantanément ce dernier se transforme en poussière. L’être se retourne alors vers la femme et lui fait un signe de tête. Les lampadaires s’éteignent puis se rallument tous. L’être a disparu et la poussière est dispersée par le vent qui reprend ses droits.
O, Death… My name is Death and the end is here.





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