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Le Dernier Combat

  • L.
  • 6 janv. 2022
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 janv. 2022

« Il est assis sur un rocher, sa position trahissant sa lassitude. Devant lui le gouffre. Ses yeux reflètent les temps immémoriaux, les milliers d’années et les centaines de vies d’homme qu’il a vu défilé. Il tient dans sa main, posée sur ses genoux, son épée, aussi vieille que lui. Il tourne la tête pour regarder le soleil se lever sur le paysage qui s’étend devant lui. Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu’il songe à Elle. Il était en paix. Il ferme les yeux… »


La bataille était rude. A chaque fois qu’un ennemi tombait, un autre prenait sa place. Il frappait machinalement, comme s’il était lassé de cette bataille. Pourquoi. Il avait vécu des milliers de batailles dans sa très longue vie. Il avait été créé pour cela. Ses 6 frères également. Ils étaient nés de la main même de leur Père, façonnés dans le vide de l’Univers afin de mener les légions quand il le fallait, en son Nom. Mais les choses avaient un peu changé en plusieurs milliers d’années. Les 7 avaient pris une certaine indépendance dans les guerres qu’ils menaient. Dieu avait pris sa retraite depuis la grande rébellion. Le Paradis avait failli être détruit. Lui et ses 6 frères s’étaient partagés la régence.

Souvent ils descendaient sur Terre et se mêlaient aux humains pour vivre comme eux et mieux les connaître. Ils vivaient parmi eux malgré leurs immenses pouvoir, se battaient avec eux dans les nombreuses guerres que les humains pouvaient faire. Et si parfois ils supportaient des camps opposés, jamais ils n’entraient en confrontations directes. Et tous les 50 ans, les 7 frères remontaient aux cieux et attendaient de nouveau 50 ans avant de redescendre sur Terre afin de préserver leur secret des humains. Telle était la loi des 7. Telle était notre loi.

Je ne suis pas aussi complaisant que mes frères. Je me suis rebellé contre mon Père. J’ai toujours eu cet élan de liberté, ce libre arbitre qui fait parfois, voire souvent, défaut à mes frères. Père m’a certainement créé comme cela. Où est-ce autre chose. Quoiqu’il en soit il m’arrivait parfois de descendre sur Terre sans attendre les 50 ans et d’explorer la vie des gens que j’avais connu auparavant voir ce que leurs descendants devenaient. Je prenais bien évidemment une autre apparence, afin de ne pas être reconnu.


« Encore un autre ennemi qui tombait. Je me tournais vers la gauche juste au moment où je vis Rafael tomber à genoux, de multiples flèches le traversant, une lance en travers de l’abdomen. Il y eu une grosse explosion et mon frère tomba sur le sol, mort. Autour de lui un énorme cercle de vide et de morts. Au sol la brûlure de ses ailes. C’est ainsi quand un archange meurt, sa lumière est déchargée dans l’air et cela tue absolument toute forme de vie dans un rayon qui dépend de la puissance et de la force de l’archange. Le Cor de Gabriel retentit une fois. Nous n’étions plus que 6… »


Et c’est ainsi que je l’ai connue. Dans sa première vie. C’était il y a 5000 ans en Grèce, alors que je me promenais sur la berge de la mer Egée. Elle était là, au soleil couchant, sublime dans son immense robe blanche, ses cheveux en cascade dans son dos, ses yeux pétillant sous la lumière chatoyante d’un soleil orange d’été. Elle était la plus belle femme du monde. Elle m’a aperçu alors que je la regardais et m’a souri, de ce sourire qui consume votre âme et votre cœur, ce sourire qui fait que le monde bascule entre lumière et ténèbres. Le temps s’est suspendu et la foudre a frappé le sol tout autour de nous. Elle n’était même pas effrayée elle me regardait comme si elle voyait ma véritable nature. Elle s’est avancée vers moi et m’a embrassée. Nous n’avions échangé aucune parole, juste un regard. Puis elle s’est détournée et est partie. Je suis resté des heures sur cette plage à me demander ce qui venait réellement de se passer. Puis je suis remonté dans les cieux. Chaque jour qui suivit je descendais sur Terre, sur cette plage, à la même heure. Et chaque jour je la retrouvais au même endroit à la même heure. Nous avons appris à nous connaître et nous partagions tout. Elle savait que je gardais un grand secret mais ne demandait rien. Elle savait que je n’étais pas d’essence humaine mais ne demandait rien. Pendant de nombreuses années nous avons entretenu cette relation secrète. Malheureusement à cette époque, personne ne vivait très longtemps et vers ses 50 ans elle s’éteignit.


« … De rage et de douleur je pulvérisais avec mon pouvoir les 3 ennemis qui étaient devant moi. Sur ma droite j’entendis Uriel hurler. Alors que je me tournais pour regarder vers lui, je me fis bousculer par un cavalier. Sonné je regardais en direction d’Uriel et je le vis à genoux. Deux hommes le maintenaient et le 3e armait son bras. Au moment où je tendais la main, l’épée chuta et Uriel fut décapité. Une explosion, les trois hommes et la moitié d’un régiment étaient réduits en cendres. Le Cor de Gabriel retentit une nouvelle fois. Nous n’étions plus que 5… »


Nous avons continué notre manège avec mes frères pendant les 5 siècles qui ont suivi. Nous devions nous trouver aux confins de la Chine, en pleine guerre de territoire lorsque je l’ai à nouveau croisée. Elle était dans la peau d’une jeune bergère, simple et délicate, ses traits étaient différents, mais son âme m’appelait. Mes frères comprirent immédiatement que quelque chose était différent en nous, un lien unique s’était tissé entre une âme et une autre. L’Amour dans sa forme la plus pure et délicate. On dit à tort que les 7 sont irascibles et prompts à la colère. C’est faux. Notre Père l’était, mais nous avons évolué. Les siècles et les millénaires aidants nous avons acquis sagesse et bienveillance. Mes frères acceptèrent cette femme parmi eux et la chérirent comme une sœur. Malheureusement, comme tous les humains, et aussi grands fussent nos pouvoirs, la Mort frappe toujours. Ainsi à l’aube de sa soixantaine, elle mourut. Le cœur brisé, je repris avec mes frères notre cycle. Et tous les 500 ans je la croisais à nouveau avant qu’elle ne s’éteigne bien des années plus tard.


« … Je me relevais tant bien que mal l’épée à la main et je déployais mes ailes pour repousser les hommes qui commençaient à se presser autour de moi. Une flèche se planta dans ma cuisse je l’arrachais instantanément et je tuais deux soldats. Un hurlement de rage fit stopper mes assaillants. Je les tuais en une fraction de seconde, méthodique, sans pitié. Alors que mon champ de vision se libérait, je vis Rémiel charger tout un groupe de soldats sa lance en avant. Il était gravement blessé et un poignard dépassait de sa poitrine. La dernière charge de Rémiel et sa mort eurent raison d’un régiment entier. Le Cor de Gabriel retentit une nouvelle fois comme un glas. Nous mourrions. Nous n’étions plus que 4… »


J’ai essayé pendant quelques-unes de ses vies de ne pas l’approcher. Mais je ne pouvais pas. Nous étions naturellement attirés l’un vers l’autre et rien ne pouvait briser cette attirance. Soit je la trouvais, soit c’était elle qui me trouvait. Bien sûr elle n’avait à chaque fois aucun souvenir de ses précédentes vies, mais irrémédiablement nous tombions sous le charme l’un de l’autre. Comme si le destin s’amusait à un jeu cruel pour chacun de nous, nous étions sans cesse attiré l’un par l’autre. J’ai dû traverser le globe un nombre de fois incalculable et à chaque fois, tous les 500 ans nous tombions l’un sur l’autre.


« … J’appelais malgré tout, continuant à asséner des coups mortels, avançant, tuant encore et encore ces soldats. Comme s’ils pouvaient faire face à un archange. Mais ils pouvaient. 3 des membres de ma fratrie étaient morts. Je vis Ithuriel aux prises avec un groupe de soldats. Il était gravement blessé par de nombreuses flèches. Je tentais de m’approcher de lui pour lui porter assistance lorsqu’il déploya ses ailes et s’envola. Il fondit sur les archers et atterrit au milieu d’eux. Il commença à les massacrer, un par un. Une à une d’autres flèches venaient s’ajouter aux autres, déclenchant des gerbes de sang mais il continuait son massacre. Lorsque le dernier archer tomba au sol, Ithuriel me regarda et sourit. Sa tâche était achevée. Il tomba au sol et la lumière de sa grâce explosa. Nouveau son de Cor, nous n’étions plus que 3… »


Encore une fois je la retrouvais. Elle était reine, dans un royaume harcelé par les guerres. Souveraine dans ce monde chaotique, toujours aussi éclatante et belle. Mais cette fois quelque chose avait changé. Elle se souvenait de moi et de toutes ses vies sur les 5000 dernières années, de mes frères, de sa mort à chacune de ses vies. Nous nous retrouvâmes plus qu’avant et elle nous demanda notre aide. Son royaume était au bord du gouffre. Elle était harcelée par un prince félon qui la demandait en mariage depuis des années. Elle avait bien évidemment refusé, consciente qu’un jour je la retrouverais comme dans toutes ses vies précédentes. La guerre avait été déclarée quelques années avant notre arrivée et son royaume était à feux et à sang. La dernière bataille approchait.


« … J’entendis un bruissement d’ailes au-dessus de moi, Gabriel vint se poser à mes côtés. Il était en piteux état. Il cherchait Michel, notre frère aîné. Nous avons continué à avancer parmi la marée de soldats ennemis qui déferlaient sur ce qui restait de notre armée à la recherche de notre frère quand nous le vîmes aux prises avec une horde de chevaliers d’élites ainsi que le prince envahisseur. Il en avait déjà massacré un nombre incalculable mais était blessé à la jambe. Alors qu’il attaquait les autres chevaliers il fut lâchement touché par derrière par un lancier qui lui planta sa lance dans la jambe. Michel tomba à genoux, les tendons sectionnés. Il mit encore de nombreux autres chevaliers à terre. Nous allions nous lancer vers lui lorsque deux des chevaliers restants lui plantèrent leurs épées dans le corps. La grâce de Michel explosa et réduisit le reste du régiment en cendres. Gabriel me regarda d’un air triste et souffla dans son cor. Nous étions les 2 derniers… »


La guerre était à nos portes et cette guerre était aussi différente de toutes les autres guerres. Nous ne savions pas encore pourquoi. Je lui demandais de rester au palais afin de diriger les forces. Elle refusa en bloc. Je regardais mes frères et d’un commun accord silencieux nous lui avons transmis notre immortalité. Aucun de nous 7 ne s’opposât. Chacun d’entre nous, nous lui avons fait don de ce pouvoir afin qu’elle ne meure pas sur le champ de bataille. Elle ne vivrait pas des milliers d’années, peut être une bonne centaine, mais il était sûr qu’aucun mortel ne pourrait jamais la tuer. Je lui fis don de tout ce que j’étais, pour Elle. Il était temps. Temps de se battre.


« …Nous nous regardâmes. Le prince entouré par son armée nous défiait. Je jetais un coup d’œil en arrière et je vis la reine qui se retournait vers moi alors que les soldats de son escorte la ramenaient au palais. Le temps sembla suspendu. Elle comprit que cette fois ce n’était pas elle qui partirait. Dans ses yeux je lisais toute la douleur du monde, infini chagrin de la perte qu’elle allait subir. Le temps reprit son cours, et nous courûmes avec Gabriel à l’assaut de l’ennemi. Nous tuions tous les hommes sans exceptions, la dernière charge des archanges. Au moment où nous approchions du prince, je fus pris entre 2 chevaliers et ce maudit prince félon. J’esquivais de justesse une épée, puis un poignard, j’enfonçais mon épée dans le premier, esquivais la seconde épée et arrachais la gorge du deuxième chevalier avec mon aile. Je ne pus esquiver le coup du prince, mais au moment où je m’attendais à sentir l’acier me transpercer, Gabriel se jeta devant moi et l’épée lui traversa le corps. Le prince recula instantanément mais fut soufflé par l’explosion, tout comme moi, de la grâce de Gabriel. Aucun son. Le cor était brisé. J’étais le dernier. Je me relevais épée à la main, et je me précipitais sur le prince. Nous avons entamé un duel acharné, durant lequel je tuais chaque soldat qui tentait de venir l’aider. Mais la Mort avançait vers lui, inéluctable, infatigable, déterminée, remplie de colère vengeresse. Finalement, je brisais sa garde et je lui enfonçais mon épée dans le cœur en lui citant le nom de tous mes frères tombés. Michel. Remiel. Gabriel. Rafael. Ithuriel. Uriel. En souriant il me planta un poignard dans le cœur et agonisa. Je me relevais en titubant, retirais le poignard et je me dirigeais vers le bord de la falaise. J’étais le dernier combattant debout des deux armées, le dernier des 7… »


Je suis assis sur un rocher, ma position trahissant ma lassitude. Devant moi, le gouffre. Mes yeux reflètent les temps immémoriaux, les milliers d’années et les centaines de vies d’homme que j’ai vu défiler. Je tiens dans ma main, posée sur mes genoux, mon épée, aussi vieille que moi. Je tournais la tête pour regarder le soleil se lever sur le paysage qui s’étend devant moi. Un sourire naquit sur mes lèvres alors que je songe à Elle. Je suis en paix. Je ferme les yeux et je sens que ma grâce me quitte. Ainsi mourut Samael, le dernier des Archanges.




 
 
 

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