La Haine
- Terry Goodkind
- 25 juil. 2021
- 5 min de lecture
"Depuis l’aube de l’humanité, des gens se sont ingéniés à nuire aux autres. Les périodes de paix et de progrès ont succédé à de sombres époques, et inversement. Et jusque-là, les humains ont survécu. Ce cycle s’est répété des dizaines de fois, et ce n’est pas fini. Ça n’a pas toujours été facile, mais malgré ses ennemis, la vie a toujours su avoir le dessus.
L’humanité souffre d’un défaut congénital. La haine. C’est notre malédiction originelle. Alors que les autres créatures cherchent à se nourrir et à être en sécurité, certains hommes ne songent qu’à détruire.
Eh bien, la haine ou l’hostilité si tu préfères, est une fonction naturelle fondamentale. C’est une forme de jugement, et juger est indispensable pour survivre.
Les souris haïssent les hiboux, et c’est pour ça qu’elles se cachent. Pareillement, les lapins détestent les loups. Ce « jugement » leur permet d’être toujours prêts à détaler. Par exemple, nous haïssons l’odeur de la décomposition. Nous haïssons que des voleurs nous dépouillent, et nous détestons les meurtriers. C’est une réaction naturelle, comme il est normal que les oiseaux n’aiment pas les chats et donnent l’alarme quand l’un d’eux approche.
Haïr l’odeur de la mort nous incite à enterrer ou à brûler les cadavres, ce qui nous évite d’attraper des maladies. Haïr les voleurs et les meurtriers nous pousse à nous défendre, et c’est une très bonne chose. Ces haines-là, mon garçon, sont probablement ce qui a aidé l’humanité à survivre si longtemps. Grâce à elles, nous fermons nos portes, nous portons des armes et nous faisons ce qu’il faut pour protéger ceux que nous aimons.
Chez les animaux, ça s’arrête là.
Un lapin ne hait pas les moutons, par exemple. Au contraire, les deux espèces broutent paisiblement côte à côte. Les animaux protègent leur territoire afin de se nourrir et d’élever leurs petits, mais ils ne rêvent pas de conquête et de gloire.
Les humains sont capables de communiquer, donc de transmettre aux autres leurs jugements. Par exemple, on peut dire : « Je n’ai pas aimé suivre cette route, parce qu’elle est trop pentue, et que j’ai failli me briser le cou en tombant. » Ce jugement, fondé sur un réflexe de rejet, est si fondamentalement humain, que nous n’avons aucun mal à le faire partager à nos semblables. Mais chez beaucoup de gens, la haine perd son utilité naturelle et rationnelle. Les émotions s’emballent, et deviennent leur seule motivation. Incapables de voir du bon dans quoi que ce soit, ils haïssent tout ce qui les entoure. Comme un lapin qui abominerait les moutons… Animés par la haine, ces gens sont obsédés par le désir de détruire. Privés de la capacité d’aimer la vie, lis deviennent les hérauts de la mort.
Chez les gens normaux, les bonnes choses de la vie équilibrent les mauvaises. Un peu comme un sourire peut empêcher une bagarre. Mais chez ces malades de la haine, tout est bon pour augmenter la violence et le ressentiment, parce que leur but ultime est de continuer à détester le monde et les autres. Ils ne vivent plus que pour ça.
Ce défaut les pousse à s’en prendre à tout ce qui est bon et paisible. À effacer de tous les visages ce sourire apaisant, pour reprendre mon image. Cette « perversion de la haine » est le fléau qui frappe l’humanité depuis l’aube des temps. C’est l’explication des conquêtes, des dictatures et des massacres. Parce que la haine est contagieuse comme la peste. Elle se répand parmi les hommes à une vitesse incroyable. Quand elle ne s’en tient plus à ses limites naturelles et souhaitables, elle devient une passion dévastatrice qui mine les fondements même de la civilisation, interdisant aux gens d’avoir entre eux des rapports pacifiques. Elle incite les gamins à se battre entre eux, les voisins à se jalouser et les pays à se faire la guerre. C’est la mère de tous les massacres et de tous les génocides. Présente dans toutes les nations et au sein des plus petits villages, elle donne naissance à des tyrans et à des brutes domestiques. Car ce défaut frappe toute l’humanité, mon garçon. Il est universel.
Veux-tu connaître une Leçon de plus ? « Il y a toujours eu des gens qui haïssent, et il y en aura toujours. »
On ne peut rien y changer. La seule possibilité, c’est d’empêcher ces gens de nuire, quand on le peut. Mais les combattre stimule leur haine. Du coup, tenter de se défendre revient souvent à les rendre encore plus déterminés à nuire. Les humains qui viennent au monde avec ce défaut sont comme des animaux aveugles de naissance. Tout ce qu’ils perçoivent, c’est à travers le prisme de leur haine. Ayant perdu leur aptitude à la compassion et à la tolérance, ils sont en quelque sorte privés de leur âme. Certains sont tellement malades qu’ils iraient jusqu’à se détruire eux-mêmes pour faire du mal aux autres. À leurs yeux, la haine justifie toutes les horreurs. Les gens de ce type existaient longtemps avant ta naissance. Et ils subsisteront bien après ta mort. C’est l’éternelle affaire de l’équilibre : d’un côté ceux qui construisent, et de l’autre ceux qui saccagent.
Si la nature entend corriger son erreur, l’humanité disparaîtra. Et dans ce cas, tu ne pourras rien y changer. Si les dés sont jetés, ça arrivera, même si c’est après ta disparition, quand tu aurons gaspillé ta vie à lutter contre l’inévitable. Dès le lendemain de ta mort, après toute une existence consacrée à sauver les braves gens, comment savoir si ne naîtra pas l’homme qui fera pencher la balance en faveur de la haine, et qui réussira enfin à faire basculer l’humanité dans le gouffre de l’extinction ?
Voilà pourquoi je pense que tu devrais laisser tomber. Prends ce que t’offre la vie, et savoure chaque instant. Que d’autres combattent à ta place, s’ils le désirent. Le monde ne doit plus peser sur tes épaules, ni sur celles de Kahlan. Ta femme ploie sous la charge en partie parce que tu as choisi cette voie.
Soulage-la. Et soulage-toi. T’es-tu jamais battu parce que tu voulais régner ? Non ! Tu n’as jamais cherché le pouvoir et la gloire. Ton objectif a toujours été d’aider les autres à réaliser leur potentiel. Tu n’as pas l’ambition de dominer, mais de permettre aux gens d’être maîtres de leur vie. Alors, cesse de régner, et laisse-les mener leur vie comme ils l’entendent.
Ce n’est pas à toi de combattre pour la vie. Ce devrait être la mission de tout un chacun. C’est ça, le secret de l’équilibre. Si assez de gens aiment passionnément la vie, l’humanité survivra. Dans le cas contraire, elle disparaîtra. Et tout seul, tu ne feras pas basculer la balance dans le bon sens.
Et si l’humanité ne méritait tout simplement pas de survivre ? Crois-tu que tu pourrais modifier tout seul cette sentence ? »"
Zeddicus Z'ul Zorander, Terry Goodkind, Sword of Truth Saga





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