J’ACCUSE ! Vol. 3
- L.
- 19 oct. 2021
- 5 min de lecture
« Vous devez cesser d'assumer la responsabilité de choses que vous ne pouvez pas contrôler. » Chloé Decker.
Cette citation ne semble pas avoir de sens, néanmoins elle est pour vous Mesdames, Mesdemoiselles, jeunes filles, futures femmes en devenir. Et elle ne peut pas être plus pertinente qu’elle l’est actuellement, ni même plus vraie.
Comment introduire proprement un sujet aussi grave. J’ai mis du temps à le cogiter. Néanmoins je ne suis pas sûr de bien l’aborder, ne m’en veuillez pas. J’ai découvert un compte Instagram, où chaque témoignage d’une femme se rapporte à une déviance, un harcèlement, une atteinte à sa liberté, à son physique, à un viol parfois. Les lire est très dur, même pour moi et pourtant, dès qu’un nouveau sort je prends le temps de le lire et ma compassion pour chacune d’entre vous, déjà à son paroxysme, augmente encore. Je n’ai pas de mots assez forts pour exprimer ma tristesse, mon désarroi, ma colère, quoique si ça j’ai et ça viendra après, et quant au fait que je suis désolé de ce que chacune d’entre vous a vécu, ou vit encore au quotidien. Et quand je lis ces témoignages je me dis qu’elles ont raison. « All men ». Ceci étant acté, sachez que c’est un homme qui va juger et condamner lui-même et ses pairs, non pas en votre nom, je ne m’arrogerai pas ce droit, mais en mon nom, parce que cela suffit. Mon procès à moi me diriez-vous ? Oh je ne suis pas innocent, c’est sûr, même si aussi longtemps que je m’en souvienne avec mon incroyable mémoire et grâce à l’éducation impeccable fournie par mes parents qui m’ont appris à respecter les humains et encore plus les femmes, je n’ai pas le souvenir d’avoir pu faire des choses aussi indignes que celles qui figurent dans chacun des témoignages que j’ai lus, je ne suis pas parfait et j’ai bien dû faire une chose ou deux qui a dérangé à un moment ou un autre, car personne n’est parfait, ni même reste immaculé dans ce monde. A ces personnes-là je demanderai pardon et si un jour elles exigent réparation par quelques excuses personnelles, ou de faire amende honorable je m’exécuterai sans restriction aucune. Ceux qui me connaissent le savent, « My word is my bond ». Néanmoins, commençons.
Messieurs, damoiseaux, jeune hommes, gentlemen, futurs hommes en devenir, garçons de tout bord et de toute culture, je nous accuse. Je nous accuse d’oppression de la liberté sur chacune des femmes de ce monde. Je nous accuse d’être des animaux sans cervelle, de nous soumettre à nos instincts primaires dans un monde évolué. Je nous accuse de faire passer ce que nous faisons à ces femmes comme quelque chose de banal, comme si c’était leur faute, comme si elles l’avaient provoqué. Sachez que c’est faux. Je nous accuse de nous voiler la face, de laisser les choses se passer quand elles se passent devant nous, de fermer les yeux sur leur condition, sur leur insécurité quand nous sommes dans les parages. Je nous accuse tous, tous sans exception, de ne pas faire assez pour qu’elles se sentent protégées où qu’elles aillent, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Je nous accuse de ne pas savoir nous éduquer nous-même, de ne pas savoir nous tenir qu’importe les habits qu’elles ont, leur allure, leur maquillage, leur beauté. Je nous accuse et nous condamne absolument tous. Aucun d’entre nous n’est épargné. Aucun d’entre nous n’est innocent. Tous les hommes. Et que celui qui me dira que « non pas tous les hommes » ose se tenir face à moi, prêt à voir l’ensemble des femmes qu’il a pu côtoyer dans sa vie passer devant moi pour me raconter si quelque part, dans un recoin de son passé il n’a pas mal agit envers l’une d’entre elles. Et qu’il soit prêt à subir le murmure des enfers et souffrir de sa culpabilité à vie. Car je nous accuse de tous les chefs d’accusation possibles et imaginables, je nous accuse de harcèlement de rue, de harcèlement sexuel, de cyberharcèlement, de slut-shaming, de revenge porn, de viols, d’attouchements sexuels, de violences conjugales ou non, de non-respect de la liberté, de tellement d’autres auxquels je n’ai pas pensé encore tel que l’inaction, la non-assistance ou le manque d'assistance.
Certains me diront que je suis dans l’excès et qu’ils viennent en aide aux femmes en détresse. Moi aussi ça m’arrive, pas plus tard qu’hier lorsque j’ai entendu trois hommes parler salement à une femme dans une ruelle adjacente au garage où je mets ma voiture alors que je rentrais du boulot, que je suis intervenu parce que j’ai eu peur pour elle et que je l’ai raccompagnée en voiture à une rue de chez elle et qu’elle pleurait de toutes les larmes de son corps dans la voiture. J’étais en colère, mais je ressentais ce sentiment de culpabilité d’être un homme, de voir que quelqu’un de semblable à moi génétiquement était capable de faire du mal comme ça à un autre être humain parce que c’est une femme. Coupable de savoir que je ne pourrais pas aider toutes celles qui vivent ça, coupable de savoir que cette femme sera terrorisée pendant longtemps, si ce n’est toute sa vie, de voir un homme marcher derrière elle. Plusieurs fois avec des amis on est intervenu dans des métros, des bus, des trains. On a vu des vidéos sur internet de gens qui agissaient aussi. Mais nous sommes quand même tous coupables de ne pas pouvoir garantir la sécurité à chacune des femmes qui peuplent cette planète. Je voyais des gens qui n’agissaient pas, qui préféraient détourner les yeux.
Mais ce n’est plus l’heure de détourner les yeux. Il est temps de se lever et d’épauler chacune des femmes car elles subissent toutes cela. Il est temps de ne plus douter d’elles quand elles nous disent qu’elles se sont faites violer, qu’elles se sont faites attoucher, qu’elles se sont faites harceler ou cyberharceler ou autre. Il est temps de leur dire que nous les croyons. Que nous ne doutons plus jamais d’elles. Que nous sommes avec elles, que nous nous battrons pour elles et avec elles. Que nous les soutiendrons dans leur combat contre nous-mêmes. Cela ne fera pas disparaître votre masculinité, cela fera juste ressortir votre humanité. Tenons-nous derrière elles pour les soutenir, c’est notre devoir, nous le leur devons. Ces femmes agressées, ce sont aussi vos mères, vos sœurs, vos cousines, vos meilleures amies, vos femmes, vos copines, vos futures femmes, vos filles, vos futures filles. Éduquons nous. Éduquons nos fils. Et si cela ne suffit pas, soignons-nous.
Pour rappel, un « non » c’est un « non ». Une hésitation c’est un « non ». Tout ce qui n’est pas « oui » en toute conscience et en toute connaissance est « non ».
Et pour finir, je voudrais vous laisser un petit mot, de ma part, peut être que d’autres se reconnaîtront dedans, mais celui-là est de moi, en mon âme et conscience. Je suis avec vous, je vous crois. Je vous soutiens et je me battrais avec vous. Il n’y a pas d’excuses assez profondes, assez valables pour exprimer et demander le pardon pour tout ce que nous, les hommes, vous avons fait et faisons subir depuis trop longtemps. Je vous promets de me tenir à vos côtés dans ce combat pour que toute cela cesse et que vous puissiez enfin jouir d’une totale liberté et de la sécurité que vous méritez enfin dans notre société. Je vous croirai toujours. Et je m’engage à continuer d’aider dans les situations que je croiserai au quotidien si j’ai la possibilité d’agir pour aider une femme qui se fera harceler ou autre. Et je vous promets de vous rendre des comptes quand viendra l’heure si comptes j’ai à rendre.
Vous n’êtes pas seules."
B.

"J'accuse" Emile Zola, Lettre au Président de la République




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