Apocalypto - Partie 2
- L.
- 12 févr. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 juil. 2021
‘’La colère.
Il les regardait ces hommes. Un sentiment de fureur l’envahit. Peut-on seulement les qualifier d’hommes ? Il les voit emporter une à une les bêtes, les provisions. L’hiver a été rude. Les récoltes ont été pauvres. Ses enfants n’ont pas survécu au manque de nourriture et au froid qui s’immisçait dans leur chaumière. Sa femme, Sa douce femme, si gentille, si généreuse, si joyeuse avait également trépassé de tristesse et de chagrin. Il ne restait que lui, pourquoi était-il encore en vie quand toute sa famille, tous ceux qu’il aime étaient passés de vie à trépas.
Le Roi requiert des rations supplémentaires pour nourrir l’armée et pour le mariage de sa fille, la princesse lui a-t-on dit. Dans le village la colère a grondé. Ils mourraient littéralement de faim. Et ces hommes venaient et leur prenaient tout ce qu’il restait. Ou était Dieu quand ils avaient besoin de lui ? Le moine de leur village continue de leur dire d’avoir la foi et que les récoltes seront bénies par Dieu. Mais qu’en sait-il… Que sait-il du royaume des cieux. Il n’y a pas mis un pied. Comment peut-il interpréter des choses que même lui ne comprend pas.
Sa colère grossit de jour en jour. Il en veut au monde, il en veut au roi, il en veut à Dieu en personne. Alors il le renie, il renie ce Dieu qui leur a asséné ces douleurs et ces tourments. Il renie cet être soit disant bienveillant envers ses enfants. Il renie également ces êtres qui prennent tout ce qu’ils ont, il renie cette aristocratie et cette royauté qui se permet de se nourrir quand eux, paysans, cultivateurs, fermiers, bouchers, boulangers, meurent de faim. Il renie ces êtres, vivants dans leur opulence sans même se soucier d’eux, des pauvres manants sur lesquels ils se servent. Il renie ce monde et embrasse la douleur de la perte, la colère, la haine. Ils oublient trop souvent que grâce à eux ils survivent. Il va leur rappeler.
Il n’a pas grand-chose chez lui, alors il emporte sa balance, offerte par sa femme, ainsi que ses silex et de quoi fabriquer des torches. Il marche à travers un village désert. Il ne reste quasiment plus personne, l’hiver ayant fait des ravages. Il se rend au château, pas après pas, une détermination cruelle dans les yeux. Aucun garde. Il passe les portes, personne ne fait attention à lui. Il se dirige vers le garde-manger, une torche à la main. Il se retrouve devant le grenier à céréales et lâche sa torche. Il se tourne vers le vin et la bière et les évite. Ne touchons pas ni au vin ni à la bière. Il met ensuite le feu au saloir. Il entre dans les cuisines et brûle tous les aliments préparés pour le banquet du soir. Sur sa route il ne croise personne, aucun garde, aucun personnel. Tous doivent être trop occupés dans la salle du trône.
Il sortit du château aussi facilement qu’il était entré, au milieu cette fois de la confusion générale et des cris de détresses des valets qui ne pouvaient que constater la perte de la nourriture. Le sourire aux lèvres, sa vengeance exécutée, le paysan se sentait euphorique. Il regarda vers l’horizon et un instant ses yeux verts fixèrent l’astre qui se levait. Il leva le regard vers le ciel, satisfait d’avoir renié ce cruel créateur. Les nuées s’entassèrent, jusqu’à ce que l’aube naissante fasse place à l’Obscurité. La foudre tomba, une pluie acide se mit à marteler le sol, brûlant les cultures. Il était renié. Une voix se mit à résonner. Une voix du fond des âges qui fit trembler le sol.
« A toi, Ô Paysan, qui a renié ton Dieu et détruit les cultures, arpente désormais ce monde en tant que Cavalier de l’Ombre. »
Et ainsi fut fait. Je suis La Famine.’’

"Famine" Valérie PETKOV




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