Apocalypto - Partie 4
- L.
- 14 févr. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 août 2021
‘’Solitude.
C’est ce qu’il ressent. Cela fait un moment qu’il est dans le coin. Il a vu le commencement et il sait qu’il verra la fin. Toutes les fins en réalité. Il étendra ses grandes ailes noires sur le monde. Il prendra même Dieu, tous les Dieux. Il n’a ni maître, ni divinité. Il est immuable. Il est. Il arpente la Terre, le Ciel et le Monde souterrain depuis des millénaires. Il a vu des empires naître, il les a vu proliférer, s’étendre, puis s’effondrer. Il a assisté à la naissance de Rome, à sa chute, à la naissance de Constantinople, à sa chute. Il a connu tous les plus grands, mais aussi tous les plus petits. Il n’a jamais livré une seule bataille mais il les a toutes vécues.
Certains le reconnaissent et s’enfuient. D’autres tentent de lui échapper. Mais on ne peut le fuir ni lui échapper éternellement. Il est le frère du Temps lui-même. Il a été jugé comme étant l’être le plus injuste, constamment. Mais qui peut faire plus juste que lui ? Vieillards, jeunes, force de l’âge, pauvres, riches, médians, mendiants, malades, en bonne santé, puissants, faibles, rois, paysans, enfants, adultes, innocents, coupables, juges, accusés, bourreaux, dieux, mortels. Aucun ne lui échappe. Aucun n’a plus de valeur à ses yeux.
Il n’a pas d’égal. Il est l’être le plus puissant au niveau du cosmos. Il est certainement le plus vieux mais aussi le plus seul. Cela fait des milliers d’années qu’il foule le sol. Il existe des légendes racontant que l’on peut le tuer, mais tous ceux qui ont essayé n’ont jamais réussi. Il n’est pas en colère, il n’est pas triste, il est juste seul. Il commande une armée, la plus grande qui soit, des anges qui chaque jour vont aux quatre coins du monde pour récupérer les âmes. Il n’est en aucun cas le juge du bien ou du mal. Pour lui il s’agit de valeurs abstraites. Rien ne compte. Il a vu et vécu tant de choses. Il a acquis un savoir ancestral que rien ni personne n’égalera jamais. Il attend son heure. Il se retrouve dans cette rue de Paris. Il y est déjà venu quelques siècles plus tôt. Il marche lentement, traverse un croisement, puis un autre. Il prend sur la droite, traverse un pont et se retrouve devant le Louvre. En plusieurs millénaires il a vu tout ce qui pouvait être vu mais il continue de s’émerveiller devant les constructions des humains. Il s’arrête quelques instants devant la pyramide en verre et se regarde dedans. Il esquisse un sourire. Yeux noirs. Silhouette grande et élancée, nez aquilin, visage fin, corps athlétique, grand manteau et dans son dos d’immenses ailes noires d’archange comme les humains les appellent. Il les rétracte dans son dos. Il tient dans sa main une cane en bois verni noir, le pommeau est en argent, gravé de symboles. A son majeur une bague avec une pierre noire. Il repart, il sait ce qu’il a à faire.
C’est la première fois qu’il va chercher lui-même une âme. D’habitude il se contente d’observer. Cette âme est spéciale, elle est presque aussi ancienne que lui. Elle était lui avant, mais elle a renoncé à son immortalité. Mais il sait qu’elle a fait cela par amour. Un concept étrange. Il ne prend pas la peine de passer par la porte. Il se glisse telle une ombre jusqu’à sa chambre. Elle est là, allongée. Son enveloppe humaine a vieilli. Elle a renoncé à sa vie immortelle dans les années 1800. Elle ne supportait plus l’éternité de la solitude. Il la sentait la solitude, pesant de tout son poids. Elle ouvrit les yeux et le vit. Il ne se cachait pas pour elle, il avait sa véritable apparence. « Il est temps ? ». Il acquiesça. Elle lui tendit la main, il s’en saisit et ce fut fini. Il était déjà loin quand on la retrouva.
Il cheminait déjà vers le Sud quand les nuées s’entassèrent, la nuit fit place à encore plus d’Obscurité. La foudre tomba, une pluie fine se mit à marteler le sol. Il était temps. Une voix se mit à résonner. Une voix du fond des âges qui fit trembler le sol.
« A toi, Ô Cavalier Éternel, il est temps pour toi de rejoindre les autres Cavaliers de l’Ombre. »
Il sourit. Et ainsi fût fait. Je suis La Mort.’’

"L'Ange de la Mort" Emile Jean Horace VERNET, 1841




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