Apocalypto - Partie 1
- L.
- 11 févr. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 août 2021
"Un genou à terre.
Il sentit son genou heurter le sol et eut l'impression qu'il fit trembler la Terre. Autour de lui l'air était suffoquant, quasiment irrespirable. Une odeur rance, comme du rouillé dans l'air. L'odeur du carnage, l'odeur du sang. Il était fatigué, très fatigué. Il se sentait vide comme si le monde avait perdu tout son sens. Un sentiment à la fois euphorique et terrifiant l'envahissait. Comment en était-il arrivé là. Il se targuait d'être le plus compatissant et le plus pacifique des guerriers. Comment était-il arrivé sur le chemin de la violence et de la colère.
Il planta de sa main gauche son épée dans le sol. Elle ruisselait du sang de ses ennemis. Qui étaient-ils. Il se rappela la fureur de la bataille, des hommes qui tombaient coup après coup sous son épée. Il se rappelait avoir aimé cela. Il se rappelait une douleur au fin fond de son âme, une douleur qui l'avait irradié dans tout son organisme jusqu'à en devenir quasiment insupportable. Il se rappelait un visage, un sourire, un regard. Mais aussi vite qu'apparaissait ce visage, la douleur revenait de plus en plus forte. Et à chaque homme qui tombait sous son épée, il sentait qu'elle s'atténuait. Il se rappelait. Cette femme...
Il se retrouva à genoux, les yeux toujours fermés. Il n'y avait aucun bruit. Rien pas le moindre souffle de vent, pas le seul râle d'un homme à l'agonie. Pas même le bruit d'un charognard venu se repaître des cadavres. Le visage commença à s'estomper. Vous savez ce qui arrive à une âme quand on tue. Certains disent qu'elle se brise, car elle représente la pureté absolue de la conscience, la lumière de l'être. Et quand on tue cette âme se noircit et se brise. Qu'avait il fait de son âme. Nul ne peut aimer avec une âme morcelée et noire.
Il ouvrit les yeux et fit face au carnage. Des cadavres partout, horriblement mutilés, des têtes au bout de lances, des bras et des jambes coupés. Il s'agissait de rien d'autre qu'une boucherie. Il entendit un bruissement et regarda sur sa gauche. Ses ailes, autrefois blanches et magnifiques étaient en lambeaux et ruisselantes de sang. Ce n'était pas le sien. L'horizon était rouge, non seulement parce que l'air était saturé du sang en suspension, mais aussi parce que le soleil était en train de se coucher. Il savait ce que cela signifiait.
Il fixait l'astre écarlate de ses yeux de la même couleur. Le monde était en train de s'éteindre sous ses yeux. Il leva le regard vers le ciel, comme une prière, implorant son Père de lui accorder son pardon. Le tonnerre gronda, les nuées s'entassèrent jusqu'à ce que la Lumière fasse place à l'Obscurité la plus complète. La foudre tombait sur le champ de bataille, éclairant par à coup le visage du guerrier les yeux toujours levés au ciel, la pluie lui martelant le visage et rebondissant sur son armure avec un léger bruit métallique. Il était déchu. Une voix se mit à résonner à ses oreilles. Une voix du fond des âges qui fit trembler le sol.
« A toi, Ô Guerrier qui a cédé à la colère et à l'appel du sang, arpente désormais ce monde en tant que Cavalier de l'Ombre. »
Et ainsi fut fait. Je suis La Guerre."

"War" Mason ADAMS




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