Ainsi soit-il.
- L.
- 17 août 2021
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« Ne laisse le monde, ni personne, te juger, te faire croire que tu n’es rien face à une société qui réduit la vie à si peu. La vie, le sens de ta vie est bien plus profond, bien plus complexe, que le regard courroucé de ceux qui se complaisent dans la fausse beauté. Il est peut-être l’expression du terrible échec. Ô combien sont malheureux et s’attristent quand plus personne ne les regarde ou que, dans la course folle, ce qu’ils possèdent est dépassé. Quand toi, sous l’ombre violente d’un ciel orageux et celui de la solitude, ton cœur d’enfant sourit encore aux étoiles » J.J.
Je plonge au plus profond de moi-même, au sein même de ce que je suis, un univers. Je traverse l’épais brouillard chaotique et orageux qui recouvre mon sanctuaire. Je le franchis sans peine, alors qu’hermétique à toute autre intrusion il est. Je survole ce monde, façonné de mon esprit dans lequel repose toute ma conscience. Je dépasse le labyrinthe où sont enfermées mes peurs les plus sauvages, les plus irrationnelles. Je les entends m’appeler, me rappeler leur existence. Je dépasse la forteresse imprenable dans laquelle est dissimulé le dernier fragment d’une âme bien trop abîmée pour espérer un jour être de nouveau entière. Je l’entends pleurer l’absence de son intégralité. Je dépasse mon Enfer personnel, où sont tous mes démons et passe au-dessus de mon trône, qui s’élève, solitaire, dominateur, maître de ce gouffre infernal. Je les entends murmurer de les relâcher. Je dépasse cette forêt dense, ce sol dans lequel j’ai enfoncé mon épée. Je la sens me tenter, de déchaîner ma violence sur le monde. Je passe au-dessus de cet océan, de ce rocher solitaire sur lequel repose mon livre et mon stylo. Je n’entends rien de leur part. Juste le silence. Je surplombe ce rocher, à l’écoute d’un murmure, d’un son quelconque qui pourrait venir, mais rien n’y fait, que le calme le plus absolu, le silence le plus terrible. Un vide. Aucun mot ne vient.
Je reprends mon envol pour atterrir dans une plaine. Là encore le silence est assourdissant. Calme plat. Aucun bruissement, aucun murmure, rien. Absolument rien. Puis un éclair déchire le ciel et la foudre vient frapper la Terre à quelques centaines de mètres de moi. Alors que je rouvre les yeux j’aperçois au loin un arbre, unique, seul en plein milieu de cette plaine et en dessous une silhouette vêtue de blanc, une dague dans chaque main, en train de virevolter sous cet arbre dans une chorégraphie d’une fluidité et d’une maîtrise absolue. Je glissais alors vers lui, sans mouvoir un seul brin d’herbe sur mon sillage.
- Qui es-tu ?
Il fit quelques mouvements, toujours aussi gracieux et fluides puis s’arrêta pour me regarder. Ses yeux étaient les miens, mais tendaient plus vers le rubis. Sa voix était la mienne quand il me répondit.
- Je ne suis que la manifestation de ta colère, ta fureur, toute la violence que tu as en toi. Je suis le courroux que tu peux déchaîner, je suis l’harmonie et le chaos les plus absolus de ton âme, de ton cœur et de ton esprit.
- Comment la haine peut-elle être aussi gracieuse, aussi disciplinée ?
- Je ne suis pas la haine. La haine corrompt. Je suis ta colère, et de par ton esprit, ton cœur et ton âme je ne suis pas une colère aveugle. Je sais que tu me ressens depuis des dizaines d’années, mais si je me suis manifesté aujourd’hui c’est parce que tu as atteint le paroxysme de ta fureur. Et même si parfois quelques éclats sortent de toi, tu l’as toujours maîtrisée à la perfection, joutant contre la haine aveugle que possèdent tous les humains. Mais pas nous. Ta colère est une harmonie complexe de grâce, de force, de puissance et de précision. Nous ne sommes pas juste forts. Nous sommes le chaos rendu à sa forme la plus profonde d’ordre. Nous savons. Nous savons que si cette colère un jour était relâchée, tu détruirais tout sur ton passage, mais de manière si chirurgicale, si violente et si virulente que rien ni personne ne se relèverait. Ma forme et la chorégraphie représentent la colère et la violence qui font rage en toi telle une tempête. L’arbre quant à lui est la vie, la paix, le calme que tu as en toi. A nous deux, nous formons un équilibre, car c’est là que se situe ton équilibre le plus parfait, entre le calme plat et la fureur absolue. Je sais que tu as peur de ce que nous pouvons faire, mais regarde toi, tu es tellement blessé, brisé, tu as été tellement mâché et recraché, abandonné par les gens que tu aimais, ne nous crains pas, accepte-toi. Tu crains le pouvoir. Tu dois être un des seuls êtres de cet univers à ne pas vouloir du pouvoir sur quoique ce soit ou qui que ce soit. Mais sais-tu pourquoi au fond de toi tu refuses d’acquérir du pouvoir ? Parce que tu en as déjà. Comment peut-on donner le pouvoir d’être un alpha à quelqu’un qui est déjà un alpha tout au fond de lui. On ne peut pas. Tu as tout ce pouvoir en toi, la possibilité de dominer, d’imposer ta volonté, que tu n’exerces jamais parce que ta conscience et ton cœur sont à la bonne place. Tu as su maîtriser cet aspect de toi toute ta vie. Ce chaos qui fait rage en toi. Il te suffit de trois mots. Maîtrise ton chaos. Prends ces dagues, et lâche la bonde à ta colère.
- Ainsi soit-il.





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