"Abyssus abyssum invocat"
- L.
- 15 mars 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 juil. 2021
« Il y a parfois des évidences que l’on ne peut nier, des histoires qui sont déjà écrites, des cœurs qui sont faits pour s’aimer, des coups de foudres inévitables, et toi, tu es toutes ces choses réunies. »
J’ai commencé à écrire ceci, puis je me suis stoppé net. Et je sens que plus rien ne vient. Comme si ce que j’avais à dire ne pouvait pas être dit. Ou comme s’il n’y avait rien à dire. Je ne ressens plus rien lorsque j’écris, il y a comme un vide immense qui s’agrandit dans mon esprit. Je ressens comme une vague qui petit à petit, absorbe chaque cellule de mon esprit. Elle avance, inexorablement, m’entourant de toute part. Je vois petit à petit des parties de mon être disparaître devant mes yeux, des idées s’éteindre les unes derrière les autres, des émotions qui s’envolent et m’échappent sans pouvoir me revenir. Je vois les lettres de mes écrits disparaître les unes après les autres et désespérément j’essaie de les rattraper tout en sachant que c’est impossible. Je prends mon stylo, et chaque mot que j’écris est vide de sens, vide de signification, vide d’émotion. Je n’arrive pas à comprendre les phrases qui sortent de l’encre sur ma feuille. Elles sont insipides, dénuées de vie et du feu que j’ai pu mettre dans mes précédents écrits.
Je sens la vague qui avance toujours aussi inexorablement. Elle emporte tout, centimètre par centimètre, lettre après lettre, syllabe après syllabe, mot après mot, émotion après émotion. La dernière que je ressens est la peur. La peur de chuter dans ce vide que la vague crée dans mon esprit. J’ai peur de perdre ce don de l’écriture que j’ai reçu. Je n’ai pas grand-chose dans la vie, je n’ai pas besoin de grand-chose, mais ce don, cette faculté d’écrire, de poser des mots sur une feuille et d’en faire un texte dans lequel certains, ou certaines, même s’ils sont peu nombreux ou nombreuses, arrivent à s’identifier, se sentent apaisé(e)s ou réconforté(e)s, c’était ça que j’aimais plus que tout. Si je perds cela, que va-t-il me rester.
Je me retrouve bientôt assis sur ce rocher, seul au milieu d’un océan noir, calme et plat. Rien ne bouge. Il n’y a pas de vent. Pas de bruit. Pas de vague. Il ne me reste dans les mains qu’une plume et une feuille. Cela n’a pas la moindre importance. Je n’ai plus rien à écrire. Je n’ai plus de mots, plus d’idées, plus d’inspiration, plus de flamme. Mon univers entier est recouvert d’un océan noir. Je n’entends bientôt plus que les murmures de mes démons. Toute lumière m’a quittée. Ils susurrent à mon oreille, comme une incitation à un voyage retour dans leur monde. L’idée me séduit. Beaucoup trop. J’ai été maudit il y a des milliers de lunes, condamné à errer pour toujours entre la Lumière et les Ténèbres sans pouvoir tomber complètement du côté lumineux. Il est temps. Je lâche ma plume et ma feuille. Je sens mes démons s’exciter. Je tends une main, mon épée apparaît dedans, garde noire, lame noire, une inscription argentée sur la lame. Vincit Omnia Veritas . Elle chante dans ma main, me rappelant les carnages, les douleurs et les souffrances infligées avec.
Un éclair illumina le monde. L’océan se sépara en deux, créant un chemin jusqu’à une porte. Un éclair sauvage et cruel passa dans mes yeux. Je saute de mon rocher pour atterrir sans bruit sur le sol. Je marche sans me presser tandis que j’entends l’orage qui gronde et que je vois les éclairs se déchaîner au-dessus de ma tête. « La voie des Ombres ». Un dernier sourire, et je franchis la porte tandis que derrière moi les flots se referment dans un déchaînement furieux. »





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